- Importante hausse des taux d’intérêt.
- En Chine: les mesures prises visent à freiner la bulle spéculative sur les marchés des actions et non pas l’activité.
- Le découplage de la croissance mondiale se confirme.
L’essentiel
Le fait marquant de cette fin de printemps est la soudaine hausse des taux d’intérêt à long terme. Ce mouvement, déjà amorcé et discuté précédemment, s’est considérablement accéléré et, en quelques séances à peine, les taux des obligations gouvernementales américaines à dix ans ont passé de 4,90% à plus de 5,20%, soit le niveau le plus haut depuis mai 2006. Ils sont ainsi sortis d’une tendance baissière qui a duré pendant sept ans. C’est dire l’ampleur de la hausse récente! On observe une évolution similaire sur les taux longs de la zone euro, caractérisée par le franchissement de niveaux techniques tout aussi importants (4,5%). Les raisons de cette inversion sont, comme d’habitude, difficiles à isoler. Néanmoins, le ton, résolument plus "faucon", des déclarations qui ont été faites et les actions qui ont été menées par un certain nombre de banquiers centraux sont à prendre en considération. La Banque centrale européenne et la Banque de Nouvelle-Zélande ont remonté leurs taux courts. Elles laissent clairement supposer que les taux pourraient remonter davantage que prévu initialement. Les révisions en hausse des attentes de taux courts se sont dès lors rapidement répercutées sur l’ensemble de la courbe pour atteindre les échéances plus longues. Les propos de certains officiels soulignant les risques d’une recrudescence de l’inflation ne sont en fait que peu visibles dans les TIPS. C’est donc en termes réels que les taux progressent. Si cette évolution peut être interprétée positivement sous un certain angle, à savoir la solidité de la dynamique de la croissance mondiale, en dépit du ralentissement américain, il n’en demeure pas moins que des taux réels plus élevés affectent indéniablement les conditions du crédit, et donc la rentabilité du capital. Il n’est dès lors pas étonnant que les marchés des actions, devenus vulnérables après leur forte progression au cours des dernières semaines, atteignant même des niveaux de surachat, aient été quelque peu chahutés. Néanmoins, ils bénéficient d’une prime de risque (définie par la différence entre le rendement des actions et les taux réels) encore suffisamment importante, qui leur offre une certaine protection et leur a ainsi évité d’être pénalisés outre mesure.
La marge de sécurité offerte par cette classe d’actif dérive également de l’abondance de liquidité qui, malgré la poursuite du resserrement monétaire opéré par de nombreuses banques centrales, reste favorable. En effet, la quantité de la liquidité privée est extrêmement grande, comme le démontre le niveau record de fusions et d’acquisitions, ou encore les entrées enregistrées par les fonds de "private equity". De même, les pays émergents continuent d’être les principaux pourvoyeurs de fonds de l’économie mondiale. En effet, leurs gigantesques surplus commerciaux (22,5 mia au mois de mai pour la seule Chine) alimentent leurs réserves de change, encore essentiellement libellées en dollars, qui sont ensuite recyclées dans le circuit financier. Néanmoins, la visibilité relative à la destination future de ces flux, plus que sur les flux eux-mêmes, diminue progressivement.