Un marché est demeuré en marge de l’effervescence boursière générale : le Japon. Et ce, malgré l’amélioration de la conjoncture et une évolution favorable des résultats des sociétés. C’est que le bât blesse toujours du côté du gouvernement d’entreprise et la frilosité à l’égard des fusions et acquisitions (M&A) demeure vive.
Or, il se trouve que les principaux moteurs de la hausse des marchés des actions au cours des 18 derniers mois ont été la recherche de la croissance – trouvée essentiellement dans les marchés émergents – et les transactions de fusions et acquisitions couplées aux rachats d’actions, deux phénomènes communément résumés sous le terme "de-equitisation". Les sociétés européennes ont désormais bien compris et intégré les caractéristiques du modèle financier capitalistique américain. Elles se concentrent aujourd’hui sur l’évolution – à la hausse – de leur cours de bourse pour se "protéger" d’opérations de rachat ou éventuellement "se vendre" relativement cher… Les membres du management étant de nos jours plus largement rémunérés en options et autres actions de leur groupe, l’intérêt d’un cours élevé apparaît évident.
Rien de tel au Japon où nous assistons à de nombreuses manœuvres défensives de la part de beaucoup de sociétés, celles-ci tentant d’introduire dans leurs statuts des clauses dites "poison pills", qui rendent toute opération de reprise coûteuse et contraignante pour l’acheteur potentiel. Comme le niveau des taux d’intérêt demeure très bas au Japon et les rendements des fonds propres augmentent de manière significative, les opérations de refinancement des bilans devraient être une aubaine pour nombre d’opérateurs financiers tant japonais qu’internationaux. Les grandes maisons de Private Equity sont d’ailleurs en train d’ouvrir des bureaux au pays du Soleil-Levant dans la perspective d’une évolution des mentalités locales et de l’assouplissement du cadre réglementaire. On peut donc s’attendre à une pression accrue sur les sociétés japonaises pour qu’elles développent une approche stratégique, tant sur le plan industriel que financier, qui les hisse au niveau de leurs consœurs occidentales.
Le marché japonais des actions surprend les investisseurs par un comportement peu prévisible et offre une certaine décorrélation avec les autres marchés. Gageons que les opérations de M&A s’opèreront au moment où les autres grands marchés auront largement épuisé ces stratégies.
Serge Ledermann,responsable de l’unité Investissement