Perspectives - 22/05/2007

Les principaux enjeux financiers de l'été 2007

Tenant compte de leur niveau de détention par les investisseurs et de leur évaluation relative, les actions s’affirment comme la classe d’actifs la plus attrayante. Le Groupe concentre ses choix sur des thèmes forts comme les dépenses d’infrastructure, le style de vie/bien-être, la révolution financière ou sur les régions offrant un fort potentiel de croissance telles que l’Asie.
 
Alors que les principaux indices boursiers ont retrouvé leur niveau de l’année 2000, Serge Ledermann, responsable des investissements et de la stratégie, et Karen Guinand, analyste senior, ont exposé leurs points de vue et leurs prévisions lors de la traditionnelle présentation des perspectives d’investissement de Lombard Odier Darier Hentsch. Après avoir utilisé l’an dernier le terme de "Goldilocks" pour décrire la situation sur les marchés financiers (allusion à la fable de Boucle d’Or qui privilégie le "ni trop chaud, ni trop froid"), la confirmation d’un environnement caractérisé par une croissance mondiale soutenue, une inflation globalement sous contrôle et par la très bonne santé des entreprises permet aujourd’hui de demeurer confiant quant à l’évolution des principales classes d’actifs.
 
L’économie mondiale s’est en effet très bien remise de la forte décélération de la croissance enregistrée au début de la décennie, grâce avant tout à l’évolution très favorable de la conjoncture dans les régions en développement, mais aussi en Europe et au Japon. Ainsi, le rôle de moteur joué par les Etats-Unis durant la majeure partie des années 90 s’est fortement atténué. De plus, la diminution claire de la volatilité des cycles économiques et de l’inflation ont conduit à une utilisation et à une circulation plus efficiente des capitaux à travers le monde. Enfin, la forte hausse du prix de l’ensemble des matières premières, parallèlement à l’émergence de la Chine comme puissance de production et plus récemment de consommation, s’est traduite par l’accumulation de réserves de change considérables entre les mains de nouveaux acteurs (Chine, OPEP, Russie). Le recyclage de ces excédents dans les pays développés a non seulement maintenu les taux réels durablement en-dessous de leurs niveaux fondamentaux, mais aussi alimenté la liquidité mondiale.
 
La pièce essentielle qui est venue s’ajouter au rééquilibrage des forces financières et économiques au niveau de la planète est la révolution financière. En effet, la désintermédiation dans le secteur financier et le développement de produits basés sur différents dérivés ont engendré un cycle de crédit inédit, particulièrement puissant depuis 2005. Le principal moteur de cette expansion de crédit réside dans l’écart important qui s’est créé entre le rendement des bénéfices des entreprises et les taux auxquels les investisseurs peuvent se financer. Cette conjonction unique de paramètres favorables aux opérations de portage financiers résulte du désintérêt pour les actions suite à la forte correction enregistrée entre 2000 et 2002 ainsi que – comme évoqué plus haut – du niveau historiquement faible de toute la structure de taux dans les grands marchés.
 
Nous sommes d’avis que cette situation, où l’appétit au risque financier est bien rémunéré, peut perdurer encore quelque temps dans la mesure où les taux d’intérêt demeurent dans leur marge de fluctuation récente et que les profits des entreprises ne s’écroulent pas subitement. Les banques centrales semblent toutefois rencontrer de grandes difficultés à contrôler l’expansion des masses monétaires au sens large, au moment où les nouvelles catégories d’intervenants sur les marchés, tels que les Hedge Funds et surtout les fonds de Private Equity, disposent encore de sommes considérables à investir. Dans ce contexte, et en tenant compte du fait que l’évaluation des principaux marchés des actions a généralement baissé ces dernières années, le potentiel d’expansion des multiples de valorisation demeure appréciable. Il s’agit en fait à nos yeux de la classe d’actifs la plus attrayante, notamment par rapport aux marchés obligataires ou à l’immobilier, tant en termes d’évaluation relative que de niveau de détention par les investisseurs aussi bien institutionnels que privés un peu partout dans le monde. Ainsi, après avoir été désertées, les actions retrouvent à nouveau leur statut d’actif de référence grâce à l’appui de nouveaux moteurs comme les fonds de Private Equity (dont les gérants structurent des opérations à levier comme les LBOs), les Hedge Funds ou encore les sociétés qui rachètent leurs propres actions ou procèdent à des rachats d’entreprises en utilisant leurs liquidités ("De-equitization").
 
Dans ce contexte favorable aux actions, les critères de sélection les plus performants semblent être la croissance et le volume des fusions et acquisitions, ce qui a conduit la majorité des investisseurs à privilégier certains marchés émergents et l’Europe. De son côté, le Japon, qui bénéficie d’une amélioration notable de ses fondamentaux économiques et d’une croissance robuste des bénéfices des entreprises, demeure pour le moment en retrait. Conscients d’entrer dans la portion la plus risquée du marché haussier ("liquidity-driven"), nous concentrons nos choix sur des thèmes forts (cycle d’investissement, dépenses d’infrastructure, consommation haut de gamme, style de vie/bien-être, révolution financière), certaines régions (Asie) ou encore sur des options de style (préférence pour les grandes capitalisations et les dividendes élevés). Les principaux risques que nous observons dans le scénario actuel sont une augmentation plus forte que prévu de l’inflation, un resserrement massif de la part des banques centrales ou encore un accident dans le secteur des dérivés, notamment dans le segment des dérivés de crédit.
 
Si les obligations demeurent pour l’heure faiblement pondérées dans les portefeuilles diversifiés, nous les considérons pour leur vertu de diversification. Une place toujours importante est allouée aux stratégies alternatives (essentiellement Equity long/short et arbitrage, infrastructure et matières premières).
 
Malgré la montée des risques dans les marchés financiers, nous estimons que nous ne sommes pas encore entrés dans une phase d’exagération sur les principaux marchés des actions, comme les différents indicateurs (valorisation, analyse technique, sentiment) que nous suivons nous l’indiquent. Les liquidités disponibles demeurent abondantes et les nouveaux puissants acteurs de la finance mondiale disposent en conséquence de capitaux considérables toujours en quête de déploiement.
 
 
Serge Ledermann, responsable de l’unité Investissement