24 heures - 21/08/2007

Notre opinion sur la crise de confiance des marchés

C’est une véritable crise de confiance généralisée qui s’installe désormais et qui suscite les interventions musclées des grands argentiers de la planète.
 
Afin d’éviter la transformation de cette crise financière en crise économique, les principales banques centrales ont réagi rapidement en injectant massivement de nouvelles liquidités dans le marché. L’objectif, très délicat, de ces interventions est triple : restaurer la confiance, limiter la spéculation et aider les agents économiques sévèrement touchés.
 
L’industrie financière paie aujourd’hui un prix boursier considérable, probablement disproportionné par rapport à l’ampleur réelle du problème. Si l’on prend en compte les chiffres mentionnés par la Réserve fédérale américaine – à savoir des pertes estimées à USD 100 milliards dans le domaine du subprime – les moins-values boursières pour l’ensemble des valeurs financières en Europe et aux Etats-Unis s’élèvent à plus de 1000 milliards de dollars au cours de ces dernières semaines. Par ailleurs, la rentabilité du secteur est élevée et la somme des bénéfices attendus pour 2007 couvre largement les pertes estimées. A l’évidence, la confiance – moteur essentiel du fonctionnement du système financier, au même titre que la liquidité – a disparu et toutes sortes de rumeurs hantent les marchés.
 
Dans un paysage boursier où l’activité sur certains secteurs s’est totalement arrêtée (crédit, CDO/CLO notamment), les victimes se comptent parmi les segments où la liquidité est assurée, essentiellement les marchés des actions, vecteurs naturels de protection pour le crédit. La recherche de liquidités passe également par le rapatriement des sommes investies dans les marchés non domestiques, avec pour conséquence de perturber le marché des changes. Sur ce dernier, on notera que le dollar semble enfin reprendre de la force vis-à-vis de l’euro et que le yen se réapprécie enfin contre la monnaie américaine. Ceci pourrait marquer la fin de ses fameux "carry trades", si pénalisants pour la devise nippone.
 
Une sphère à réinventer
 
Le dénouement semble maintenant proche, car déjà les politiques s’en mêlent et cherchent des responsables. Aujourd’hui, on pointe du doigt les organismes de notation qui n’ont pas su prévoir ce qui est arrivé ainsi que les banques qui ont excessivement titrisé pour se débarrasser de certains risques trop lourds à porter. La sphère financière, frappée de plein fouet par la crise, doit impérativement se réinventer pour mieux réévaluer le risque. Ce processus est en cours, mais il prendra du temps et ne laissera pas indemnes les investisseurs et opérateurs aventureux.
 
Rappelons que les banques centrales, par leurs interventions, ont pour objectif la défense d’un système financier qui s’appuie sur une réalité économique plutôt que le soutien d’une démarche spéculative. Dès lors, il est raisonnable d’attendre une sortie de crise au cours des prochaines semaines, avec des principes de fonctionnement entre prêteurs et emprunteurs à nouveau équilibrés, et des prix pour le crédit davantage en ligne avec les fondamentaux.
 
Serge Ledermann, Responsable de la stratégie d’investissement