Comment va évoluer l’industrie des hedge funds ? Quelles sont les menaces et opportunités qui se dessinent à l’horizon ? Petit tour d’horizon des atouts et faiblesses de ce secteur en forte croissance.
Les actifs investis en hedge funds ont connu une progression remarquable au cours du premier semestre 2007. Selon le cabinet d’études HFR, près de 2000 milliards de francs sont désormais répartis sur plus de 12000 hedge funds. Les performances sont aussi au rendez-vous. Elles se situent dans la majeure partie des cas au niveau des indices boursiers et bien au-dessus des références obligataires. Une bonne résistance aux coups de semonce du mois de juillet vient couronner ce constat réjouissant.
Faut-il alors se laisser aller à un optimisme inébranlable ? Ou, au contraire, s’inquiéter d’un retour de balancier ? Comme à l’accoutumée, l’état de l’industrie des hedge funds ainsi que ses perspectives offrent une analyse contrastée. Nous nous proposons d’évoquer d’une part notre perception de ses forces et faiblesses actuelles, puis d’autre part de commenter les menaces et opportunités qui se dessinent à l’horizon.
Cercle vertueux
De toute évidence, l’acceptation grandissante et désormais établie des hedge funds constitue un premier élément d’importance. Un cercle vertueux s’est formé. Il repose sur la performance qui attire les capitaux permettant de solidifier les structures et d’étoffer les équipes de gestion. Ces dernières – fortifiées – continuent à délivrer de bons résultats. Dans ce climat favorable, de nouveaux modèles de gestion émergent bénéficiant aisément de soutien. Cette diversité et cette créativité sans cesse renouvelée sont à l’origine du succès même de l’industrie des hedge funds.
A l’inverse, une bonne partie des actifs confiés aux hedge funds n’a pas traversé jusqu’à présent de crises en leur compagnie. Acquis lors d’une période faste, il serait prématuré de qualifier ces nouveaux capitaux de stables. C’est sans doute là, une faiblesse intrinsèque de l’industrie – quoique peut-être seulement passagère – qui pourrait bien le cas échéant se transformer en son "talon d’Achille".
Par ailleurs, la "popularisation" des gérants incite aussi à la prudence. "Beaucoup d’appelés, peu d’élus", affirme le dicton. Ce n’était pas le cas récemment, tout un chacun pouvant aisément s’établir sous la bannière alternative. Bon nombre des récents convertis ne seront pas en mesure de porter l’industrie à un stade supérieur. L’essor du nombre de "franchisés", gestionnaires plus opportunistes que compétents, est donc une faiblesse, en ce sens que la solidité globale de l’industrie s’en trouve affaiblie.
Une réglementation excessive serait risquée
Quelles sont les menaces auxquelles l’industrie est exposée ? Premièrement, le risque d’une réglementation excessive. Alertées par les pratiques insouciantes, voire irresponsables, de certains acteurs, les autorités de surveillance sont en alerte.
Il ne peut être exclu qu’en cherchant à protéger l’investisseur, elles coordonnent leurs efforts et se lancent dans un exercice contraignant et réducteur. Quelque peu similaire à la loi Sarbanes-Oxley, où la médication assomme plus qu’elle ne soigne le patient, l’industrie des hedge funds en sortirait plus complexe mais aussi plus fade.
Deuxièmement, un risque de banalisation. L’émergence de "bêta alternatifs" est déjà bien entamée. Certaines sous-stratégies alternatives ont perdu de leurs mystères et d’alternatif n’ont plus que le nom. La gestion traditionnelle n’a d’ailleurs pas l’intention de se laisser manger toute crue. Elle développe notamment des produits dits "130/30", permettant l’utilisation de ventes à découvert et de levier, ainsi que des concepts de gestion non-indicés, où la recherche d’alpha est le mot d’ordre.
Troisièmement, une reprise violente de la volatilité. Ne demandez pas trop ardemment quelque chose qui pourrait vous être accordé, nous prévient le sage ! Nous voilà mis en garde. Alors qu’il est admis que les hedge funds ont besoin de volatilité pour réaliser des performances, un regain massif et subit de cette dernière pourrait s’avérer plus problématique que bénéfique.
Le potentiel de l’Amérique latine
Quelles opportunités réserve encore cette industrie bientôt sexagénaire mais en pleine maîtrise de ses moyens ? Pour commencer, certaines régions n’ont encore été que peu concernées. C’est le cas de l’Afrique ou du Moyen-Orient dont la maturité est à venir, mais aussi de l’Amérique latine qui connaît une expansion de la gestion alternative.
Le Brésil, en particulier, a su développer lors de la dernière décennie des compétences et des talents de classe mondiale. Alors que la Chine s’est déjà bien réveillée à l’instar du reste de l’Asie, le Japon, terrain fertile en surprenantes inefficiences de marché, reste endormi. Il a presque réussi à décourager les plus persistants des investisseurs. Des signes encourageants laissent à penser que cette léthargie toucherait à sa fin.
Le second axe d’opportunités a trait à la recherche de nouveaux modèles de gestion et de génération de rentabilité. Des approches hybrides – intégrant les activités de financement syndiqué, de prise de participation minoritaire suivie par une restructuration d’entreprise ou de financement sur mesure en vue d’une introduction en bourse – voient le jour au sein de hedge funds.
De nouveaux métiers apparaissent aussi. Le traitement de portefeuilles d’assurance-vie, le financement du négoce international ou la consolidation agricole sont autant de domaines où les talents de cette industrie s’expriment désormais. D’un modèle connu et testé, ces explorateurs aguerris et courageux se lancent à la conquête de nouveaux rivages alternatifs. Dans ce contexte, il est utile de relever en guise de conclusion le caractère évolutif de la gestion alternative. L’évolution est bien son maître mot. Sa faculté d’adaptation aux opportunités de marché afin d’en tirer profit, son mode de fonctionnement. Certes, l’environnement actuel comprend une bonne dose d’excès et des risques importants, mais ceci n’est pas nouveau. Comme dans toute industrie en croissance, il s’agit d’analyser les différents intervenants, de les comprendre, d’en éviter certains et de se concentrer sur ceux qui seront en mesure de survivre et de transmettre leur savoir-faire.
Frédéric P. Lebel, CFA, Responsable de la sélection de hedge funds