A la fin du mois de février, les marchés des actions étaient brièvement secoués par une forte correction. A cette époque, la baisse des prix de l’immobilier aux Etats-Unis et l’augmentation des problèmes de recouvrement auprès des débiteurs de mauvaise qualité expliquaient en grande partie la frilosité - certes passagère - de nombreux investisseurs. De manière concomitante, la chute aussi subite que profonde de l’indice local des actions chinoises éveillait des craintes de fin de cycle boursier dans l’empire du Milieu. Si nous ne donnions pas beaucoup de valeur prédictive aux girations de la bourse chinoise, les nouvelles en provenance du marché immobilier américain, couplées aux signes évidents de ralentissement de la croissance outre-Atlantique, n’ont pas manqué de nous alerter sur la montée potentielle des risques pour les marchés financiers. Pour être parfaitement complets, la solidité de la croissance dans le reste du monde, notamment dans les pays en développement, permettait de contrebalancer une partie significative de ces risques. Ainsi, sur le plan économique, le monde poursuit son découplage par rapport à la conjoncture américaine. L’alerte de février n’a pas donné lieu à une réduction durable des risques dans l’ensemble des marchés, mais préparait le terrain pour plus tard...
La seconde salve de correction boursière amorcée courant juillet (quelques jours après le sommet historique atteint par l’indice Dow Jones) a été plus sévère et contient les germes de problèmes plus profonds pour les marchés financiers, dans la mesure où des pans entiers des marchés de crédit se sont virtuellement figés. Grâce à l’action énergique des principales banques centrales et la rapide prise de conscience par les gouvernements des dangers du pourrissement d’une telle situation, la fluidité revient progressivement sur ces marchés. Le prix du crédit semble néanmoins durablement orienté à la hausse. Dans ce contexte, l’accès aux opérations financières est désormais moins aisé et leurs coûts plus prohibitifs induisent une réévaluation des risques de la part de l’ensemble des opérateurs. Si la quantité de liquidités mises à disposition par les banques centrales est appelée à demeurer très ample, nous nous attendons à une réduction marquée de sa vitesse de circulation, les banques restreignant leur politique de crédit.
L’univers des actions a payé un lourd tribut à la fermeture des marchés de crédit durant l’été, même si la reprise dans certains cas a été rapide. Il apparaît qu’une partie non négligeable de la chute s’explique par le fait qu’il s’agissait véritablement du seul marché liquide, ouvert durant cette période, donc propice à toute sorte d’opérations de couverture ou de ventes forcées. Passée cette période très particulière, la "réouverture" progressive des marchés des crédits et prêts interbancaires a permis aux actions de retrouver leur dynamique propre et de mieux refléter l’évolution des profits des entreprises. Nous demeurons convaincus que globalement, les actions regagnent leur statut d’actif de prédilection, alors que les marchés où le crédit/levier (obligations, immobilier) joue un rôle important ont atteint des niveaux d’évaluation élevés.
Comme évoqué plus haut, une meilleure distribution de la croissance dans le monde, l’accumulation de réserves de change dans les pays en développement, la création des fonds souverains (Sovereign Wealth Funds) ou encore l’évolution satisfaisante des bénéfices constituent autant d’éléments de support à moyen terme pour cette classe d’actifs.
Dans ce contexte, nous favorisons à la fois les grandes capitalisations avec profil de croissance dans les grands marchés et une exposition résolument importante aux marchés émergents présentant les meilleures opportunités d’investissement (Hong Kong, Corée, Brésil notamment). Ce choix est une déclinaison de l’approche "core-satellite", qui démontre clairement le rôle durablement croissant des nouveaux moteurs des marchés financiers.
Serge Ledermann, responsable de la stratégie et des investissements